LA MÉMOIRE DES ÉLÉPHANTS

Les éléphants ont, paraît-il, une mémoire prodigieuse. Se souviennent-ils là où ils sont, de là où ils furent ? Probablement, mais ils ne sont plus là pour raconter, il faut, pour ne pas laisser perdre cette mémoire, prendre leur parole.
C’est le propos de ce projet. Le Zoo de Vincennes ! Nom magique, odeurs fauves, cris et hurlements. Souvenirs d’enfance, fascination de ces animaux enfermés, présentés, collectionnés …

Un jour, adulte, y revenir, puis m’apercevoir de sa détresse, du béton qui se fend, des animaux qui s’en vont. Peu à peu ce qui faisait la vie du zoo s’écoule, et paradoxalement une autre vie s’installe telle un petit Angkor, les plantes prennent possession des pierres, du béton, des fissures.
L’absence des animaux les met en valeur, les éclaire. Cette image en creux, m’interpelle. Je viens souvent au Zoo, j’y relève les traces de ceux qui furent les vedettes du lieu, je photographie les enclos vides, les “jouets” laissés dans les enceintes, troncs d’arbres des ours ou des éléphants. Je traque les inscriptions usées, fatiguées d’en avoir tant dit sur les occupants de ces lieux. Afin de continuer ce projet et pour sortir de mon rôle de visiteur, j’aurais aimé être animal, tel Jacques Lacarrière dans "Le pays sous l'écorce", pensionnaire du Zoo pour quelques instants, pénétrer dans les cages et enclos vides pour y glaner les traces, frottements, odeurs, empreintes des bêtes qui vécurent là. Souvenirs de moments passés dont le bois le fer et le béton gardent la mémoire. M’approprier leur regard sur le monde extérieur.

#01/#16

#02/#16

#03/#16

#04/#16

#05/#16

#06/#16

#07/#16

#08/#16

#09/#16

#10/#16

#11/#16

#12/#16

#13/#16

#14/#16

#15/#16

#16/#16


© DANIEL KERMANN